Dans la discrète porte sud de Bourgogne, Alice et Antoine Delachaume font trembler les pavés, à l’instar de la prolifique scène rock qui germe ici depuis plus de trente ans. Polis, fringants et plutôt discrets à la ville, le jeune couple devient effervescent, licencieux et magnétique sur scène. Focus sur leur histoire.

Quand on se mêle à la foule, dans l’ambiance légèrement vaporeuse de l’un de leurs concerts, on s’attend à voir ces deux mots qui clignotent au-dessus de la scène, comme un néon en rade le long de l’U.S. route : True Romance. Contrairement à Clarence et Alabama, le duo d’amoureux paumés du rocambolesque film de Tony Scott, rien de sanglant ou de glauque chez les Dirty FrenchKiss. Pourtant, à l’écoute de ce punk-rock vibrant, on imagine très bien savourer la cavalcade dramatique des acteurs sur fond de Gene Acide of Assholes. À quelques notes près, Hans Zimmer n’aurait pas fait mieux.
Le duo de musiciens donne à voir
Difficile en réalité de ne pas plonger dans un imaginaire cinématographique avec l’univers des Dirty FrenchKiss. Le duo de musiciens nous donne à voir : sur scène avant tout, mais aussi dans l’énergie de chacune de leur compositions et par le subtil choix des mots (encore des mots, toujours des mots). Pourtant, si on les croise dans les rues de Nevers, on est loin d’imaginer ce qui se cache derrière leurs jolis minois. Alice (Perrin avant les noces), aujourd’hui prof de chant, musicienne et chanteuse, baigne dans la musique depuis l’enfance. Son parcours, plutôt traditionnel ; chorale au conservatoire, puis chant solo à l’école Jazz à Tours ; lui permet d’avoir un pied dans le classique et l’autre dans les musiques actuelles. Pas de fausse note possible. D’ailleurs, comment faire autrement ?

Avec des parents ex. propriétaires du magasin de musique le plus réputé de la ville, une soeur qui jouait de la flûte traversière et un frère féru de rock, des influences, elle en a puisé un peu partout. Mais ce n’est qu’à l’âge de seize ans, époque à laquelle elle rencontre sa (future) moitié, qu’elle apprivoise un style plus rock. De son côté Antoine a le parcours plutôt inverse. La batterie faisait partie des murs chez son père et c’est une belle dame qui n’a pas tardé à le séduire. Il s’est formé solo à la percussion et plus tard également, il apprendra la guitare, toujours en autodidacte. Jouer c’est une évidence pour Antoine, même si ses études l’ont d’abord conduit vers la viticulture ; à défaut de savoir qu’il pouvait apprendre la musique dans une école dédiée ; il est depuis devenu technicien-régisseur dans le cinéma et musicien accompli.
Liberté et structure : l’équilibre Perrin-Delachaume
Comme beaucoup, la genèse de leur histoire me fascine. Le groupe est-il né avant ou après la love story ? Et puis le nom, quelle est l’anecdote derrière ? On est toujours intrigué par ce qui se cache dans les coulisses. La musique c’est du lien et le lien, c’est de la proximité. D’ailleurs, Alice et Antoine reconnaissent que ça fait partie du jeu, car tout dans leur groupe est personnel, des convictions chantées aux accords composés, en passant par la complicité qui les caractérise. Donc forcément, même s’ils ne jouent absolument pas dessus, ils assument ce statut. Une sincérité à l’image d’une personnalité plurielle : la nana et le mec ont un esprit pointu, de l’humour, beaucoup d’énergie et de multiples inspirations dont ils tirent une palette de personnages électrisants (leur dernier album Amants Sauvages en est la preuve). Alice, douce et calme, faussement flegmatique sur scène, nous retourne le cerveau en moins de deux avec une voix décoiffante, un jeu de guitare et de batterie hors sol et de belles pirouettes d’actrice dans ses clips. Antoine, déconnant et plus remuant dans l’approche, a l’art de jouer sur les contrastes : bouillant avec ses baguettes ou sa guitare sous les doigts, la voix grinçante en live, tactique et mesuré avec une batte de baseball à la main ou à entretenir son jardin. Ces quelques fugaces instants de leur intimité nous permettent de mieux capter l’essence du duo. Leur petit plus ? Le fait qu’ils se soient rencontrés gamins (16 ans pour Alice et 18 ans pour Antoine). Ils ont grandi ensemble, et construit progressivement cette identité. L’alchimie émotionnelle et musicale qu’ils partagent a mené l’ado pleine de maîtrise à bouleverser son style face à un jeune loup à l’oreille musicale unique, chacun transmettant son savoir et ses idées à l’autre pour écrire, composer, enregistrer… Mais au départ, sans réel projet de groupe. En réalité, DFK est né par passion, la plus naïve qui existe : celle de jouer, de se faire plaisir et l’envie de le partager.

Aujourd’hui, le style Dirty FrenchKiss est bien rôdé. Après huit ans d’existence ; et une bonne pause pendant le confinement qui leur a permis de laisser le bébé au chaud, avant de relancer la machine encore plus survoltés ; on savoure vraiment la maturité du groupe. Des textes tantôt acides, tantôt absurdes et un brin provocateurs, mais qui s’appuient surtout sur des réflexions du quotidien : croiser les gens, rager contre la destruction de la nature, la nourriture (dédicace au fameux pâté aux patates), le couple, le confinement… Et aussi tout ce qui peut leur filer de l’urticaire ou les faire marrer ! Derrière la langue anglaise, c’est aussi l’occasion d’utiliser un ton plus léger, d’inventer des mots ou des expressions et de laisser surtout l’imaginaire des auditeurs faire son job. Car tout est très imagé avec Alice et Antoine. À l’écrit, les scènes émergent, l’émotion naît et c’est assez naturellement que le morceau prend forme, et chacun s’y retrouve car il n’y a ni prétention, ni chichis. Puis sur scène, pas de fioritures non plus, mais une très grande générosité, du mouvement ; ils alternent entre guitare, batterie et voix ; et des esthétiques différentes qui donnent de la fluidité à un style musical plus souvent caractérisé par sa rudesse. Une expérience qu’ils partagent aussi avec d’autres formations, en s’investissant dans l’organisation de concerts à Nevers (et alentours, voire à l’étranger) via leur association Fine, montée avec une bande de copains passionnés. Parce que c’est ça aussi Dirty FrenchKiss : une histoire de potes et on ne peut pas les louper au premier rang de chacun de leur concert, ils mettent le feu ! La suite : un nouveau clip en préparation (façon série B), une tournée et du fun. À consommer sans modération.
Par contre, l’anecdote du bisou baveux à la française restera un secret… C’est bien aussi le mystère. Si néanmoins ça vous intrigue, il y a des super tutos en ligne : How to French kiss like a pro.
Album Les Amants Sauvages – sortie le 3/5/24 – disponible sur toutes les plateformes
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